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On pouvait le trouver parfois approximatif. Polémiste excessif, pamphlétaire de mauvaise foi. Sans doute. Il n'empêche que Jean.François Kahn a été un grand journaliste et un grand patron de presse. Qu'il s'arrête parce qu'il s'est tiré une balle dans le pied en disant une très grosse connerie bien franchouillarde sur l'affaire DSK me consterne. Ça le consterne aussi sûrement et il s'en est excusé. Mais vos savez ce que c'est, des fois, les excuses c'est une façon de se dédouaner à bon compte. Tout le monde en use et en abuse depuis quelques temps.Trois mots, trois mots de trop, trois mots inexcusables ( troussage de domestique) et le voilà jeté à la poubelle après une belle levée de boucliers. Il faut lire les commentaires des internautes de l'express "bon débarras" "une excellent nouvelle". Ben oui, forcément dans le pot de la honteuse pommade thurifére et/ou pusillanime prosarkozienne qu'est devenu la presse française dans sa presque unanimité, J.F Kahn faisait désordre. On en oublie le créateur de l'évènement du Jeudi, de Marianne et l'écrivain d'un certain nombre de bouquins intéressants et même brillants, discutables parfois, bâclés de temps à autre, mais qui faisaient réfléchir et même rafraîchissaient la mémoire, comme le dernier intitulé "Petit César" ravageur mais qui rend à Sarkozy ce qui appartient à Sarkozy. Le voici hors service JFK dans un genre ou les platebandes n'étaient pas très encombrées.
Je sens bien que le monde dans lequel nous vivons va devenir de plus en plus propre sur lui, de plus en plus lisse, de plus en plus unanime, de plus en plus gris moyen. C'est à vomir. Regardez les humoristes et les polémistes. Exit les turbulents, les insolents, les Stéphane Guillon, les Didier Porte, les polémistes agités, les Zemmour, les Nolleau. Écoutez la radio, regardez la télé. Ceux qui restent sont dans la ligne : drôles mais inoffensifs, d'un humour qui ne mange pas de pain, "chansonniers" pour tout dire, complices du pouvoir tout en jouant les insolants , à part Morel une fois par semaine sur France Inter, mais qui avance élégamment masqué. Bien que les deux avant-derniers cités je les supportais difficilement et ai dû les regarder deux fois pour me faire une opinion ( deux fois ça suffit largement, en ce qui les concerne. Mais dans le fond je me félicitais qu'ils pussent s'exprimer, réacs, mondains, fielleux, condescendants, imbus de leur culture, méchants comme des teignes- surtout Zemmour- gratuitement provocateurs et d'un parisianisme insupportable. Bref, les deux affreux de service. Mais le fait qu'ils ne soient plus là n'est pas une bonne nouvelle pour la liberté d'expression. Bientôt, le seul humoriste ( involontaire celui-là) sera l'inénarrable Jean-Pierre Pernaut. Il nous fera hurler de rire avec le récit des secrets de fabrication de la saucisse de Morteau, ou de la visite de la dernière fabrique de sabots du Bourbonnais. Comme disait Verlaine, "La vie (sera) là, simple et tranquille". Tranquillisante plutôt. Sans saveur sûrement.