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C'était un ami de mon oncle. Lorsque j'étais gamin j'entendais souvent parler de lui à la maison. Il était de Billancourt où il avait fait ses débuts de coureur cycliste avant la guerre. En 1937, à 21 ans, Henri Desgrange l'avait sélectionné comme indépendant pour le Tour de France et il termina 17e en se distinguant dans les Pyrénées. L'année suivante il était dans l'équipe de France avec Antonin Magne. A la surprise générale il termina le Tour à la troisième place derrière l'immense Gino Bartali. 3e du Tour en 1938 ça vous apportait la notoriété pour au moins dix ans. On avait le temps de savourer sa gloire. Pas comme aujourd'hui dans notre époque Klennex ou tout va si vite . Sa popularité grimpa, grimpa... aussi bien que lui dans les cols Alpins, on repèrait sa silhouette frêle dans les pelotons et il devint l'idole du petit peuple du Front populaire qui se reconnaissait en lui, mais ça ne lui donna jamais la grosse tête. Il courut encore dans le Tour 1939 où victime d'une intoxication il termina 25e. Il s'appelait Victor Cosson et tout le monde l'appelait "Totor", le parigot, le gouailleur, le petit qui n'avait pas peur des gros. Il traversa la guerre sur son vélo avec un dossard sur les reins. Il n'y avait pas grand-chose dans les musettes et la qualité des boyaux se ressentait de la pénurie. les crevaisons étaient nombreuses.
On le revit en 1947 dans le tour où il abandonna après une dizaine d'étapes. Quelques courses encore puis la retraite cycliste et une nouvelle carrière comme motard de presse pour l'Huma et d'autres journaux jusque dans les années 60. Ces derniers temps il vivait encore à Boulogne-billancourt rue Thiers, au milieu de ses souvenirs,et continuait à grimper ses quatre étages sans ascenseur à presque 94 ans . On continuait à le saluer respectueusement dans son quartier. J'ai parlé de lui dans mon bouquin sur le Tour "il était une fois le Tour de France" ( l'Harmattan). J'ai appris sa mort par hasard hier. Il est mort le 18 juin. Il y avait du monde à son enterrement. Ceux qui l'aimaient bien avaient recouvert son cercueil avec le drapeau de l'ACBB son club. Ça m'a fait quelque chose cette mort. Elle sonne le glas d'une époque.