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Depuis quelques jours ont entend de plus en plus l'expression "Economie de la connaissance". Le concept ne date pas d'hier mais il semble être plus que jamais à l'ordre du jour. On l'a entendu récemment dans la bouche de Nicolas Sarkozy et dans celle d'Alain Juppé. De quoi s'agit-t-il ?
"Le développement des TICS(Technologies de l'Information et de la Communication) dans les années 1990 a accéléré la tendance induisant des mutations dans les manières d’innover, de produire et d’échanger, affectant tout particulièrement les secteurs stratégiques que sont l'éducation, la recherche et développement, la santé, l'innovation, les services, la culture, les industries créatives, l'internet. Ces domaines sont à l'origine d'un capital "intangible" c'est-a-dire immatériel (information, connaissance, savoir-faire), à côté du capital "tangible" (capital physique c'est à dire matériel : structures, équipements, stocks, ressources naturelles, biens matériels)."
Ce nouveau champ d'action "intangible" du capital qui est une valeur monnayable et qui doit nécessairement déboucher sur l'innovation et la compétitivité annonce un combat dont sortiront vainqueurs les mieux armés, les mieux diplômés et risque d'accentuer l'écart entre le capital tangible considéré comme valeur secondaire et le capital immatériel dominant.
Marie Duru-Bellat sociologue spécialiste des questions d’éducation, professeur à l’IEP de Paris et chercheur à l’Observatoire Sociologique du Changement et à l’Institut de Recherche en Education (IREDU) écrit ceci :
"Si l’« économie de la connaissance » fait aujourd’hui figure d’horizon probable et désirable, c’est parce qu’elle laisse entrevoir un monde intelligent, où des gens intelligents exerceront des métiers de plus en plus intelligents, mobilisant leur tête et leurs talents (en laissant, mais c’est sa face sombre moins souvent mise en avant, aux pays pauvres la sueur et l’exploitation de la force brute)".
cette "face sombre", c'est-à-dire l'aspect social, est assez peu évoquée lorsque il est question d'économie de la connaissance
Cette compétitivité accrue réclamée cette quête permanente de l'innovation nécessitent pourtant de la part des travailleurs davantage d'autonomie, de flexibilité, d'adaptabilité et ils doivent être continuellement prêts à affronter de nouvelles circonstances, responsabilités et connaissances
la chercheuse Rifka Weehuizen fait valoir que "les conditions actuelles de travail minent le capital humain. Ceci est le résultat de la pression qui est engendrée lorsque l’on cherche à devenir plus compétitif. » (...) l’économie de la connaissance est la cause de hauts niveaux de stress et problèmes liés à la santé mentale.
Irions-nous, dis-je naïvement, vers une société de plus en plus élitiste, de moins en moins humaine rejetant dans la marge ceux qui ne se trouveront pas dans le cercle sacré des "gens intelligents exerçant des métiers de plus en plus intelligents, mobilisant leur tête et leurs talents" ?
Est-ce que la flexibilité et l'adaptabilité devenues des notions incontournables ne déboucheront pas sur une chasse aux "rigidités sociales" : droit du travail, protection de l’emploi, protection sociale ;
N'y sommes nous pas déjà ?
Etant donné l'effondrement des industries des pays développés, délocalisées dans les pays à faible coût social, l'économie de la connaissance n'est-elle pas une incontournable planche de salut ? Et pour combien de temps ?