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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 13:11

Il fut un temps où le cinéma faisait montre d'un certain engagement. De Chaplin ( "Les Temps Modernes, le Dictateur) à Lubitch (to be or not to be) et à Franck Capra (M. Smith au Sénat. Vous ne l'emporterez pas avec vous) il se permettait même de lier avec bonheur engagement politique ,divertissement et pédagogie. 

Il fut un temps où le cinéma français lui aussi projetait sur les écrans une bonne part des préoccupations politiques et sociales de la société française. Je ne sais pas si cela est dû  à  l'écroulement des grandes idéologies du XXe siècle, mais ce n'est plus semble-t-il le cas aujourd'hui. Bien qu'il y ait des exceptions, le cinéma français a choisi prioritairement une voie pas forcément enthousiasmante, celle d'une œuvre de divertissement au sens philosophique du terme : "Occupation qui détourne l'homme de penser aux problèmes essentiels qui devraient le préoccuper." Faute de perspectives politiques claires et/ ou exaltantes, il s'est lancé à corps perdu dans le genre intimiste, sentimental, faussement social qui met en lumière l'ampleur de son désenchantement. Cinéma choral, comme le nombrilisant "Les Petits Mouchoirs" sauvé par le discours du seul adulte du groupe, mais plombé par la scène ridicule de l'enterrement, resucée ratée de celle de "Quatre Mariages et un Enterrement." Un Cinéma gentil, mignon, bien fait,  souvent agréable, politiquement correct, qui ne mange pas de pain et surtout qui ne fait pas de vagues et qui exprime à son corps défendant un certain désarroi. On s'en souvient 15 jours . Un cinéma centré sur la recherche du bonheur individuel ( potiche, les femmes du 6e étage ) et même sur la réconciliation des classes ( intouchables) mais le film ne dit pas que cela. Un cinéma nostalgique enfin ( skylab de Julie Delpy).

Ce cinéma-là submerge le cinéma de résistance, d'engagement ou d'analyse de la société de ces dernières années ( Welcome de Philippe Lioret,  Vivre au Paradis de  Boulem Guerdjou,Tête de Turc de Pascal Elbé, Capital de Costa Gavras entre autres). On le trouve aussi dans le documentaire comme celui sur les paysans ( Profils Paysans de Raymond Depardon, constat subtil et sensible de la disparition d'un monde. C'est le cas également de "Tous au Larzac", présenté cette semaine sur Canal+, qui relate l'aventure des paysans du Larzac et leur lutte pour la conservation de leur terre face a l'armée qui ambitionnait d'agrandir le camp d'entraînement militaire. Le film est intéressant à divers titres d'abord parce que s'il exprime des émotions il ne sombre pas dans la nostalgie, ensuite parce qu'il préfigure, trente ans plus tôt, le mouvement des "indignés", qu'il expose avec clarté l'importance et la nature des enjeux et  qu'il montre qu'à travers leur lutte personnelle, les 103 familles du Larzac on accédé doucement à une conscience politique globale. Tous au Larzac, film solide et bien construit, qui ne fait pas l'impasse sur les contradictions et les ambiguïtés  d'un mouvement social, laisse percevoir l'espoir d'un possible réveil. Ce ne serait pas de refus. 

PS : c'est François Mitterand qui assura, lors de sa première élection, que le Larzac resterait aux paysans

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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 08:39

Ce matin libération publie une interview de Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale. À la question :

"Vous venez de présenter votre projet de loi, et nous allons donc parler d’éducation, mais aussi du cannabis, de Gérard Depardieu et de Jérôme Cahuzac…

Le ministre répond :

"A chaque fois que je pars sur un chemin de traverse, quel qu’il soit, je dessers la cause que j’essaye de servir. J’ai eu l’occasion de le remarquer. Alors que, la semaine passée, nous avons annoncé le recrutement de 43 000 enseignants, annoncé le projet d’une charte de la laïcité dans les établissements scolaires, lancé la stratégie numérique la plus globale jamais initiée dans ce pays, si je dis une demi-phrase sur Depardieu, cela éclipsera tout. Et je ne parviendrai même pas à toucher les étudiants pour qu’ils aillent s’inscrire aux concours."

Je trouve cette réponse très satisfaisante car elle démontre que Vincent Peillon est en train de faire, avec sagesse, son apprentissage de ministre de la République.

C'est, en effet, une manie épouvantable des journalistes  d'interroger un ministre sur des questions qui ne concernent pas directement son ministère. Déjà bien occupé par celui-ci il devra répondre aux débotté à une question sur laquelle il a forcément quelque opinion personnelle mais ne maîtrise pas tous les éléments et de surcroit n'a pas eu le temps de consulter les ministres concernés. D'où les dérapages qu'on a pu constater depuis que les socialistes sont au pouvoir. Informer oui, expliquer oui,  bien communiquer en somme, (c'est ce qui manque le plus à Hollande ) mais pas dans le désordre.

On voit bien, et Vincent Peillon met  le doigt dessus (une demi-phrase sur Depardieu, cela éclipsera tout) comme la culture politique des Français est davantage centrée sur l'accessoire que sur le principal et comme ils restent éblouis par la société du spectacle au détriment du réel. Depardieu, cela leur parle beaucoup plus que "la stratégie numérique globale" qui est pourtant capitale pour l'avenir de l'école.

L'affaire Depardieu n'est qu'un fait divers et le tort du premier ministre est d'avoir donné son opinion , maladroitement de plus, sur ce fait divers qui a pris des tournures politiques par maladresse. S'il avait répondu comme l'a fait Hollande un peu tard " "Moi, plutôt que de blâmer tel ou tel, je veux saluer le mérite de ceux qui ont certes beaucoup, mais qui acceptent de payer leurs impôts en France, de produire en France, de faire travailler en France et de servir leur pays", on aurait moins noirci de papier pour quelque chose qui n'en vaut guère la peine.

Il n'y a pas de doute : les socialistes sont en plein apprentissage. Tant mieux. Mais il ne faudrait pas qu'il dure trop longtemps.

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 11:36

Pour beaucoup de gens Les Liaisons Dangereuses est un film de Roger Vadim (1959.Pas très bon ) ou de Stéphane Frears ( 1988. Bien meilleur) ou de Milos Forman ( Valmont sorti en 1989. Pas mal non plus) ou de Josée Dayan pour la télé ( pas vu)  

Quelques uns savent que Choderlos de Laclos 1741-1803 ( prononcez sho-der-lo et non pas ko-der-los) est l'auteur du roman épistolaire éponyme, considéré comme pervers et par conséquent scandaleux dans son temps, ce qui explique qu'il fut interdit pendant soixante ans. Les Liaisons dangereuses  est considéré aujourd'hui comme un des  chefs-d'œuvre littéraires du XVIIIe siècle, ce qui ne  semble pas usurpé. " Un roman qui brûle comme de la glace" disait Beaudelaire. Et quelle langue, chers amis ! Quelle langue !  

Laclos issu d'une noblesse de robe récente était militaire de carrière lié à Philippe d'Orléans . À part Les Liaisons Dangereuses, Choderlos de Laclos qui s'ennuyait ferme dans les garnisons où on l'envoyait, écrivit d'autres petites choses dont un opéra-comique Ernestine représenté une seule fois, devant la reine, en 1777, et qui fut un bide retentissant. Ce que l'on sait moins c'est que Choderlos à mis au point un boulet creux bourré d'explosif et qu'il est l'auteur d'un projet de numérotation des rues de Paris inexistante au XVIIIe siècle,  et l'on imagine que ce devait être un joyeux bordel lorsque l'on était invité quelque part dans Paris.  Le projet ne fut pas retenu parce qu'il semblât aux autorités de l'époque qu'il était un casse-tête chinois. On dirait aujourd'hui" une usine à gaz". Cependant  on adopta par la suite le principe de numéroter dans le sens du cours de la Seine et la division en 20 quartiers proposée par l'écrivain.

Choderlos de Laclos fut un protagoniste de la révolution Française. Membre des Jacobins il était un orateur très apprécié, et fut directeur pendant 8 mois du Journal des Amis  de la Constitution. Promu chef dÉtat-major de l'armée des Pyrénées en 1792 il est néanmoins arrêté le 31 mars 1793 à cause de son passé orléaniste et incarcéré le 2 avril, libéré le 4 et réincarcéré le 7. Finalement il est libéré le 10 mai et placé sous surveillance jusqu'au 21 juin ( je sais, il faut suivre. Ce n'était pas très pépère d'être révolutionnaire). Il démissionne par prudence de son grade de général de brigade ( le même que celui de de Gaulle en 1939) mais reste considéré comme suspect. Il est arrêté le 3 novembre transféré à Picpus le 20 décembre 1793 et libéré un an plus tard. Il échappe finalement à la guillotine, ce qui était une particularité remarquable à l'époque. réintégré dans l'armée comme général de brigade d'infanterie,  il se rallie à Bonaparte, rejoint l'armée d'Italie,  contracte la dysenterie et la malaria et meurt à Tarente le 5 septembre 1803.

Les liaisons dangereuses n'est pas un roman autobiographique.  Choderlos de Laclos était ce qu'on appelle un homme rangé, très amoureux de sa femme. Rien à voir avec le sulfureux Valmont principal héros masculin de son Roman.

Il existe à Paris depuis le début des années 1990 une rue Choderlos de Laclos dans le XIIIe arrondissement. Ce qui prouve que tout finit par rentrer dans l'ordre. C'est une question de temps.

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 09:46

Et une tuerie de plus dans les écoles américaines ! Vous me direz qu'il n'y a pas que là , au Canada, en Écosse, au Japon, en Finlande, en Allemagne, en Azerbaïdjan, en Chine, en France récemment, en Italie, en Israël... Mais les USA sont largement en tête surtout en nombre de morts et de blessés. Parmi les plus meurtrières fusillades on compte celle de l'université d'Austin au Texas en 1966 qui a fait 15 morts et 31 blessés, celle de l'université de Springfield dans l'Orégon, en 1998, 2 morts et 25 blessés, la tuerie du lycée Colombine, en 1999, 13 morts, 24 blessés, le massacre de Red Lake High school, en 2005, 10 morts et douze blessés, la fusillade de  l'université Virginia Tech en 2007, qui a fait 33 victimes dont le tueur et 29 blessés, et le  dernier en date celui de Newtown qui a fait 26 morts presque tous des enfants. Ça fait beaucoup, tout de même ! Devant l'horreur de ces massacres on reste sans voix. Tant mieux d'ailleurs car dans les jours qui viennent l'ogre médiatique ne va pas manquer de nous submerger de récits larmoyants et d'Oraisons funèbres qui feront frissonner Margot.  Obama  a pleuré et promis de faire quelque chose. Mais que peut-il contre le lobby de l'armement aux États-Unis ?

Les USA ont un très gros souci et ils ne le règleront pas en imbibant leurs mouchoirs de flots lacrimaux. La glorification des armes à feu par tous les Charlton Heston qui pullulent  là-bas intervient en grande partie dans ce problème, mais pas seulement. et c'est ce "et pas seulement" qu'il faut explorer et pas seulement chez eux. En attendant les Américains récoltent ce qu'ils ont semé, c'est-à-dire l'horreur dans un pays qui est une gigantesque armurerie ouverte à tous ou presque. Ça reste prioritairement leur problème. Les armes à feu feraient 30 000 victimes chaque année aux USA dont 55% de suicides et 41 % de meutres.  En 2008, les fabricants d'armes américains ont produit 1,6 million de pistolets, 1,6 millions de fusils, 750.000 fusils de chasse et 530.000 revolvers. Seules 228.000 de ces armes ont été exportées, selon les statistiques les plus récentes .On estime à 283 millions  les armes à feu en circulation aux Etats-Unis, soit 97 armes pour 100 personnes selon une enquête nationale sur les armes à feu

La réglementation ( source Stéphanie Hancq Nouvel obs)

Depuis 1994, une loi fédérale impose aux armuriers de vérifier les antécédents de toute personne acquérant une arme. Elle en interdit l'achat aux condamnés pour crime, aux toxicomanes, aux auteurs de violences conjugales, aux individus souffrant de déficiences mentales.

Les réglementations varient au niveau de chaque Etat. Certains, mais pas tous, interdisent la vente aux mineurs, ou imposent un délai de réflexion pour limiter les gestes passionnels. D'autres prévoient un entraînement spécial ou l'inscription sur un registre avant d'autoriser le port d'arme.

Certains Etats américains avaient statué en faveur de l'interdiction totale du port d'arme. Mais avec la décision de la Cour suprême de justice de ne pas interdire le port d'arme aux citoyens, ces lois  sont devenues  illégales.

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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 10:45

On s'en souvient peut-être, mais à l'approche de l'élection présidentielle, en novembre 2011, Nicolas Sarkozy plutôt que de s'en prendre à la fraude fiscale s'en était pris à la fraude sociale. Haro sur les fraudeurs sociaux, ces pelés, ces galeux, qui coûtaient annuellement quatre millions d'euros à la nation. Si la démarche était légitime elle n'en était pas moins idéologique puisque présentée comme prioritaire, alors que la fraude fiscale coûte infiniment plus cher à l'État. Déjà en mai 2011, dans la même mouvance d'idées qui devaient former la trame de la campagne de Sarkozy vers la droite extrême, Wauquiez alors ministre des affaires européennes avait suscité la polémique en déclarant que l'assistanat était "le cancer de la société française". Le front national applaudissait tout en remarquant que le gouvernement marchait sur ses plates-bandes.

Or, depuis quelques jours, aussi bien dans les  journaux qu'à la radio et même à la télévision,  on   apprend que 67% des travailleurs pauvres éligibles  au RSA-activité ne le demandent pas. Ce qui permet à l'état d'économiser 10 milliards d'Euros qui compensent très largement les effets néfastes de la fraude. Ce qui ne veut d'ailleurs pas dire qu'il ne faut pas agir contre elle.

Pourquoi ces travailleurs ne demandent pas le RSA-activité ? Pour deux raisons essentielles. :  la première est que pour l'obtenir il faut d'abord faire face à une véritable usine à gaz bien dans la ligne de la bureaucratie française et qui décourage beaucoup de gens notamment ceux dont le niveau d'études est peu élevé ou qui se trouvent proches de l'illétrisme. La seconde provient simplement de la honte d'être assistés. Il est donc urgent d'une part de faciliter et de simplifier les démarches, c'est ce que propose le premier ministre, et de faire comprendre que la solidarité nationale est légitime et que ceux qui peuvent en bénéficier ne sont pas des parias. Je vois d'ici les objections : "Oui mais il y aura toujours des profiteurs ". Je les renvoie à Lénine et à son fameux : " il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain" Les fraudeurs et les inconvénients aux mesures prises dans le bon sens restent  et pour longtemps un bon moyen pour ne pas faire avancer la machine !

Et la fraude fiscale, direz-vous ? Le premier ministre a promis de lutter contre elle. C'est ce que disait également le précédent Président de la République. 

Voici ce que  coûtent  les fraudes fiscales en France , estimation de 2007. Vous noterez que les avoirs en Suisse non déclarés représentent au minimum 80,4 milliards d'euros. Les économies de Jérôme Cahuzac, principal pourfendeur des fraudes fiscales, se trouvaient-elles dans ces 80 millions ? nous le saurons au prochain numéro

fraude-fiscale-en-france.jpg

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7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 17:26

 

J'ai reçu ça :

Inaptocratie : un système de gouvernement où les moins capables de gouverner sont élus par les moins capables de produire et où les autres membres de la société les moins aptes à subvenir à eux-mêmes ou à réussir, sont récompensés par des biens et des services qui ont été payés par la confiscation de la richesse et du travail d'un nombre de producteurs en diminution continuelle.

A l'école primaire des socialistes , on apprend les 4 opérations :
- L'addition des impôts
- La soustraction des revenus
 - La multiplication des fonctionnaires et des immigrés
 - la division du travail.
 Aux élections prochaines, votez pour Ali Baba.
 Au moins vous serez sûrs de n'avoir que 40 voleurs. (1)

À votre avis, c'est de qui ? Marine Le Pen ? son Père ? La droite forte ? Jean-François Copé ? Pas du tout, c'est un texte de  la momie bronzée à la lampe, Jean d'Ormesson, squateur  des plateaux télé et paraît-il l'académicien le plus aimé des Français, qui pourrait bien, à sa mort, être remplacé par Michel Drucker parmi les glandeurs de l'Académie qui ne sont pas fichus de terminer leur foutu dictionnaire ! À noter que la convention supprima l'Académie Française le 8 août 1793 (2) ce qui nous aurait privés de d'Ormesson si Napoléon n'avait pas rétabli l'Académie en 1803

Jean d'Ormesson compte parmi ses ancêtres, du côté de sa mère, Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau, député de la noblesse de Paris aux États généraux de 1789 qui après hésitation renia ses origines nobles en juillet se fit appeler Lepeletier et devint l'un des avocats les plus convaincus de la cause du peuple. Président de la constituante en 1790, il proposa l'abolition de la peine de mort en 1791 avant de voter la mort du Roi en janvier 1793 . Il fut assassiné par un mécontent de son vote la veille de l'exécution de Louis XVI et décéda le même jour que le roi. Il avait 32 ans. On se consolera en se disant que de toute manière il serait probablement devenu, plus tard, un vieux con, comme son descendant.

Quand on sait ça, on peut en conclure que si la connerie  peut être héréditaire, ce n'est pas forcément le cas pour la fibre révolutionnaire !

(1) Pour les habitués de ce blog, je  remarque  qu'on dirait du Foujuste plus le style.

(2) Ça me fait penser que si Bercy voulait se pencher sur le problème il trouverait là une fructueuse source d'économie

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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 16:48

Je reçois ce matin une sollicitation d'un site intitulé " Épicuriens de France ". Tiens, me dis-je,  il doit peut-être  révéler des écrits inconnus du philosophe ou éclairer des parcelles de son œuvre. Je m'y précipite donc. Que nenni ! il s'agit en fait d'un site marchand. On peut y trouver mille merveilles : un cabas en cuir de veau lamellé à 2500€, une sacoche en cuir et lapin à 2500 € également, du caviar à 80 € la boîte de 30 gr, un stylo à bille en galuchat à 332 €, un couteau lame damas manche météorite et son étui en cuir d'autruche pour seulement 1884 €. Pourquoi pas ? me direz-vous. S'il existe des gens assez friqués pour s'acheter ce genre de conneries qu'ils le fassent. Ça fait travailler des artisans. C'est un point de vue qui se discute, ô combien, certes, mais pourquoi pas ? J'en connais au moins deux parmi les commentateurs de ce site qui opineront du chef. 

 Un avantage certain est que nos descendants pourront dire en allant voir ces objets dans un musée : " Quel magnifique art de vivre  que celui du début du XXIe siècle ! " Ce qui serait une pensée un peu hâtive.

Mais mon vrai propos n'est pas là. Il serait plutôt dans l'inculture de marchands qui utilisent le nom du philosophe de manière totalement erronée. Considéré à travers les siècles et grâce à la malveillance  de ses adversaires comme un jouisseur, baffreur sans limites, qui se roulait dans la fange, Épicure était exactement le contraire. Il prônait la sobriété, mais pas l'abstinence, et estimait qu'il était normal qu'un homme satisfasse les besoins élémentaires inhérents  à sa vie : avoir un toit au-dessus de la tête, manger à sa faim, se vêtir correctement, avoir quelques bon amis, etc , mais pas davantage, car l'abus d'abondances n'eut pu que nuire à son humilité,  à la clarté de son esprit et à l'ataraxie, la paix de l'âme, dont il estimait qu'elle était la clé du bonheur. Bref, il préconisait comme dans le célèbre slogan de "consommer avec modération." La mémoire populaire n'a retenu que la première définition.

La morale d'Épicure qui repose en partie sur la recherche raisonnée du plaisir (1), reste, 2500 ans plus tard, parfaitement subversive dans un monde  qui prétend  apporter le bonheur par la consommation à outrance. Comment, en effet aujourd'hui, ne pas fondre de désir devant un cabas en cuir de veau lamellé à 2500€  ou un stylo à bille en galuchat à 332 € ?! Je vous le demande !

Dans ce monde-là, le nôtre, le regard fixé sur la croissance et le pouvoir d'achat, consommer devient un acte patriotique et  la sobriété de ceux qui peuvent consommer pendant que les autres les regardent, équivaudrait à l'écroulement de la société tout entière. Il ne nous reste plus qu'à  nous évertuer à viser une croissance infinie sur une planète finie pleine de galuchat, de veau lamellé  et de  couteaux à lame météorite avec étuis en cuir d'autruche !

(1) C'est la définition du "Petit Robert"

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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 17:27

Je lis ceci dans Médiapart de ce jour :

"En oubliant les réalités industrielles de la sidérurgie pour opter sur une financiarisation à outrance, Mittal a entraîné Arcelor dans une spirale infernale. Le groupe fait face à un mur de dettes de plus de 22,5 milliards d’euros, ce qui ne l’a pas empêché de verser l’an dernier 2,3 milliards d’euros de dividendes."

Ce qui attire tout de suite l'attention, ce sont les 2milliards d'euros de dividendes.

Je suis en train de lire un bouquin passionnant, du moins pour ceux qui plus ou moins s'intéressent à l'économie tout en étant des novices. Le titre : " 2 ou 3 choses que l'on ne vous dit jamais sur le capitalisme" éditions Seuil. L'auteur est un Anglais d'origine chinoise Ha-Joon Chang, économiste, professeur à l'université de Cambridge. 

Ha-Joon Chang explique qu'aux USA à partir de 1930 les capitaines d'industrie cédèrent la place à des bureaucrates du secteur privé. On les soupçonna de gérer les entreprises dans leur propre intérêt plutôt que dans celui des propriétaires légaux c'est-à-dire : les actionnaires. Au lieu de maximiser les profits, ils maximisaient les ventes pour maximiser la taille de l'entreprise donc leur prestige et par contre-coup leurs propres intérêts. Ils avaient  tendance à se lancer dans des projets énormes qui gonflaient leur ego, mais fort peu  les profits de l'entreprise, donc sa valeur ( mesurée essentiellement à sa capitalisation boursière)

 Par la suite les plus chauds partisans de la propriété privée  estimèrent qu'il fallait inciter ces managers à maximiser les profits. Ils trouvèrent la solution dans les années 80 et la baptisèrent :" principe de la maximisation de la valeur pour l'actionnaire" Il s'agissait de faire dépendre la rémunération des managers de l'importance des sommes qu'ils parviennent à distribuer aux actionnaires, donc maximiser les profits en réduisant drastiquement les coûts : masse salariale, investissements, stocks, cadres intermédiaires etc, et remettre à ces actionnaires la plus large part possible de profits par le biais des dividendes et des rachats d'actions. Pour encourager les chefs d'entreprises à suivre cette politique, il fallait accroître l'importance des stocks-options dans leur système de rémunération.. Tout le monde était content ( ou presque) surtout les actionnaires dont les profits augmentaient  ainsi que le cours de leurs actions. la part des profits distribués était de 35 à 45% dans les années 50. Elle aujourd'hui autour de 60%. Les rémunérations des PDG ont crevé le plafond dans le silence des actionnaires très satisfaits de la hausse des cours des actions et des dividendes.

Pour arriver à ce résultat mirobolant,  il  fallait réduire implacablement l'emploi , licencier de nombreux travailleurs puis les réembaucher à des salaires inférieurs avec des avantages sociaux réduits. Il y eut barrage aux augmentations de salaires, délocalisations ou menaces de le faire, préssurisation des fournisseurs et des sous-traitants, mises en demeure à l'état de réduire les taux d'imposition des entreprises ou de leur verser des aides accrues avec menace là encore de délocalisation, baisse des investissements .... Je m'arrête-là ! C'est une belle histoire que nous raconte Ha-Joon Chang. Il en raconte d'autres.

Si vous voulez savoir pourquoi le marché libre, ça n'existe pas, pourquoi il ne faut pas gérer les entreprises dans l'intérêt des actionnaires, pourquoi la plupart des habitants des pays riches sont surpayés, pourquoi la machine à laver a changé le monde plus qu'internet, pourquoi  si l'on prête aux gens les pires intentions, ils feront le pire,  pourquoi les politiques de libéralisation enrichissent rarement les pays pauvres, pourquoi les USA n'ont pas le niveau de vie le plus élevé au monde, pourquoi l'Afrique n'est pas condamnée au sous-développement, pourquoi enrichir les riches n'enrichit pas les autres, pourquoi on est plus entreprenant dans les pays pauvres que dans les pays riches, pourquoi pour avoir une bonne économie on n'a pas besoin de bons économistes, et mille autres merveilles, lisez ce livre indispensable, car il n'est plus possible aujourd'hui de parler de politique sans avoir un minimum de connaissances en économie

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 10:43

Hier, sous l'influence de l'ancien président de la République, sortant de la réserve imposée à un membre du conseil constitutionnel (1) , les protagonistes du feuilleton UMP semblaient d'accord pour organiser un référendum destiné à savoir si le vote pour la présidence de l'UMP serait annulé et si un nouveau vote serait institué. Seulement voilà , ce matin François Fillion dépose au journal officiel la création de son groupe parlementaire R-UMP. J.F Copé réagit immédiatement : un référendum n'est plus opportun.

Je me demande s'ils ne devraient pas organiser un référendum pour décider s'ils doivent organiser un référendum ! 

Tous les éminents membres de l'UMP déclarent toutes les 1/2 heures que c'est le foutoir, qu'ils en ont marre, que l'image qu'ils présentent au peuple français est lamentable, consternante, affligeante etc, etc... Et ils replongent la tête la première dans le marigot. 

Je préfère prévenir : le présent billet écrit vers 10h45 ce matin sera peut-être obsolète à 11h.10

 

Le seul avantage de ce merdier, c'est que les gens de l'UMP n'ont même plus le temps, ou peut-être plus le goût de pratiquer la démocratie du gourdin, c'est-à-dire de cogner comme des sourds et tout azimut sur le gouvernement. 

Espérons, malgré tout, que cette histoire ineffable les guidera vers un peu moins d'arrogance et un peu plus d'humilité. mais ça, ce n'est pas sûr du tout , surtout avec Copé à leur tête. 

 

 

(1) mais ça n'étonnera que les naïfs

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Published by GIHER - dans politique
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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 10:40

Depuis quelque temps, j'incline à croire que  les citoyens se moquent  des critères moraux en politique autant que de leur première tétine. Ce qu'ils veulent avant tout c'est de la croissance, du boulot et du pouvoir d'achat, peu importe qui leur propose et les moyens d'y parvenir même si c'est au prix de l'anti-immigration, de l'anti-syndicats, de l'anti-Europe.  Dans cette optique, porté par cet adage fripon : " La fin justifie les moyens ",  c'est le plus démagogue qui l'emportera, le plus déterminé, le plus viril, le plus menteur ( lire la rubrique désintox sur le site de libé accessible à tous, c'est édifiant ) . Les coups de boutoir dans la morale publique pratiqués par les politiques  finiront peut-être si l'on n'y prend garde par fissurer le socle républicain. 

 Je pense à la condamnation de Jacques Chirac, à la tricherie du congrès socialiste de Reims , à l'affaire des conflits d'intérêts des socialistes à Marseille, aux démêlés des époux Tibéri avec la justice, et à ceux  d'une représentante des verts impliquée dans une affaire de drogue, à l'affaire Bettencourt et à celle de Karachi qui sont loin d'être terminées, à l'affaire Strauss-Kahn, à l'affaire Tron, et cerise sur le gâteau à l'élection rocambolesque du président de l'UMP. Excusez-moi d'en oublier.

Pourtant, il faut prêter attention à ce que dit Jacques Julliard  dans son éditorial de cette semaine dans Marianne : "Les Français ont de plus en plus honte de leurs partis politiques : médiocrité des hommes, bassesse des passions, cynisme des comportements. Ce déni de moralité, en une époque où les critères moraux l'emportent sur tous les autres dans le jugement de nos concitoyens sur leurs hommes politiques, est un mauvais signe pour la démocratie"

Ce qu'annonce Jacques Julliard dans Marianne comporte à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle : La mauvaise c'est  que le déni de moralité des politiques devient de plus en plus criant, mais peut-on considérer qu'il s'agisse d'une nouvelle, et la bonne  serait que les Français sembleraient s'intéresser un peu plus à la morale publique au-delà de leurs intérêts particuliers légitimes ou non.

Reste à savoir quel sera l'homme politique qui réussira à accréditer la thèse de sa virginité... même au prix d'un mensonge !

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  • 73 ans. Retraité, écrivain à ses heures, collectionneur de collections, amateur de jazz, de cinéma de BD et de philo
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Michel de Montaigne 

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