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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 18:32

Cynthia Fleury membre du collectif Roosevelt a fait parvenir à Jean-Marc Ayrault membre du collectif Roosevelt, via La rubrique rebonds de Libération, la lettre suivante.

Prenez le temps de la lire. 

Peu d’associations civiles peuvent s’honorer d’avoir dans leurs pétitionnaires un Premier ministre. Si surprenant que cela puisse paraître, Monsieur le Premier ministre, vous êtes cet homme, et nous, collectif Roosevelt, nous sommes cette heureuse association. Un bonheur n’arrivant jamais seul, Monsieur Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif de la France, vous a également emboîté le pas en rejoignant Roosevelt.

Le propos de cette lettre ouverte est simple : avez-vous seulement lu ce que vous avez signé ? Et si oui, pourquoi ne vous en inspirez-vous pas pour conduire votre politique ?

Le collectif Roosevelt compte plus de 87 000 signataires et son diagnostic de la crise que nous traversons depuis 2008 stipule que celle-ci n’est pas une crise de l’Etat-providence et de la dépense publique, mais une crise du capitalisme dérégulé et de l’effondrement organisé des ressources publiques depuis les années Reagan. En trente ans, ce sont des sommes considérables qui sont parties vers les marchés financiers, au lieu d’aller aux salariés, donc aussi à l’Etat via la TVA. L’Europe risque d’éclater en nouveaux Balkans depuis des mois, précisément parce qu’elle s’épuise à trouver quelques centaines de milliards d’euros pour sauver la Grèce, alors que la fortune cumulée des 0,2 % les plus riches de la planète est estimée à 39 000 milliards d’euros. Inutile de modifier les traités européens pour cela, la Banque centrale européenne (BCE) peut prêter sans limites aux organismes publics de crédit (article 21.3 du statut du système européen des Banques centrales) et aux organisations internationales (article 23 du même statut). Elle peut donc prêter à 0,01 % à la Banque européenne d’investissement (BEI), à la Caisse des dépôts ou à telle ou telle banque publique nationale, qui, elles, peuvent prêter à 0,02 % aux Etats, qui s’endettent pour rembourser leurs vieilles dettes.

Faut-il le rappeler encore, la Réserve fédérale américaine (Fed) a prêté aux banques en difficulté la somme de 1 200 milliards de dollars au taux de 0,01 %, alors qu’au même moment, les mêmes banques prêtaient aux Etats en difficulté à des taux de 6 %, 7 % ou 11 %. «Etre gouverné par l’argent organisé est aussi dangereux que par le crime organisé», affirmait Roosevelt. Lorsqu’il arrive au pouvoir, il y a 14 millions de chômeurs, une production industrielle qui a diminué de 45 %, un désarroi immense de l’Amérique. Il va alors séparer les banques de dépôt et celles d’affaires, créer un impôt fédéral sur les bénéfices, augmenter le taux d’impôt applicable aux citoyens les plus riches en le faisant passer de 25 % à 63 % puis à 79 %, et faire voter quinze réformes structurelles. Autre temps, autres solutions, penserez-vous. Et pourtant, dans un contexte où la dette des Etats-Unis dépasse désormais les 350 % du PIB, où la bulle immobilière de la Chine est inéluctable, où les banques chinoises titrisent leurs mauvaises dettes, où l’investissement militaire chinois a augmenté de 189 % en dix ans, tout est en place pour que les leçons de l’Histoire redeviennent amères.

En France, le gouvernement vient de présenter en Conseil des ministres un projet de loi a minima de séparation des activités bancaires, qui sera à l’agenda parlementaire en février 2013. A l’occasion de sa réforme bancaire en 1936, Franklin Roosevelt déclarait sur Madison Square : «Nous avons dû lutter contre les vieux ennemis de la paix, le monopole industriel et financier, la spéculation, la banque véreuse […]. Ils sont unanimes dans leur haine contre moi. Et leur haine me réjouit.» A l’inverse, Pierre Moscovici, le ministre de l’Economie, soutenait : «Partout je privilégierai le consensus. Mon rôle n’est pas de déstabiliser le secteur dont j’ai la charge.» Privilégier le consensus bancaire sauvera-t-il seulement le compromis social et démocratique ?

L’Alter Summit à Florence, célébrant les 10 ans du premier forum social européen (2002), n’a eu de cesse de rappeler qu’en Allemagne, le recul social imposé aux salariés a été sans précédent depuis dix ans : le premier décile ne gagne que 259 euros par mois, tandis que le second décile ne dépasse pas les 620 euros. Il ne s’agit donc pas, pour nous, d’obtempérer à l’illusoire compétitivité qui s’appuie sur la baisse du coût du travail. On relance le débat sur les 35 heures, mais faut-il rappeler que la réforme «Hartz IV» a conduit à une telle multiplication des petits boulots que la durée moyenne du travail est tombée à moins de 31 heures. Pour la première fois, les Européens sont descendus dans la rue, en France, en Italie, en Espagne, en Grèce, au Portugal, en Allemagne et au Danemark, à l’appel de la Confédération européenne des syndicats pour dénoncer l’austérité et lui opposer des solutions non délétères pour l’Etat de droit social. En France, le bilan social de fin 2012, est terrible : 5 millions d’individus inscrits au chômage, et près de 10 millions de pauvres.

L’Union européenne n’a pas été nobélisée pour avoir créé un espace social hyperconcurrentiel, mais à l’inverse pour avoir inventé une conscience éthique commune par-delà les territorialités qui la composent. A ce sujet, le collectif Roosevelt rappelle la nécessité de créer un impôt européen sur les dividendes pour mettre fin au dumping fiscal européen, boycotter les entreprises ayant des filiales dans les paradis fiscaux, séparer les activités bancaires, mettre en place une taxe Tobin en affrontant une crise clarificatrice avec les pays européens qui refuseraient de le faire, s’inspirer du modèle de démocratie européenne pensé par Joschka Fischer, etc. La bataille intellectuelle doit enfin avoir lieu. Elle augurera l’avènement d’un nouveau destin politique pour la France. L’émergence ne peut être le monopole des seuls pays au modèle social discriminé.

Monsieur le Premier ministre, sachez que nous vous libérons sans souci de la tyrannie de devoir nous faire plaisir en ayant signé. Peut-être faut-il vous offrir, comme tout citoyen consommateur indécis, la possibilité de vous rétracter ou à l’inverse, de signer en pleine compréhension et connaissance de cause ? Vous nous trouverez à vos côtés si la seconde hypothèse est choisie.

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Published by GIHER - dans économie
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commentaires

foujuste 29/12/2012 13:29


reste à savoir si les "crérains congeniteaux" sont plus respectable que les camarades !!

GIHER 29/12/2012 10:21


Foujuste continue d'utiliser le beau mot "camarade" qui est une insulte dans sa bouche

foujuste 29/12/2012 09:45


Mais oui camarade trauma il faut gueuler haut et fort qu’il existe dans notre pays une force
contre depuis 100 ans
ou plus et que jusqu’au bout des bouts elle sera toujours contre , le comble du bonheur fait que Sarko évincé (de justesse ) a été remplacé par un “Sarko bis” une aubaine ! cela vous
permet de gueuler contre de plus belle .le Français peut dormir tranquille il sait que dans la cité une voix sourde et langoureuse murmure dans le lointain des critiques meurtrières  contre  ,ainsi va la vie
camarade !! 



Trauma 29/12/2012 09:14


Bien évidemment, comme d'hab..Foujuste délire sans regarder la situation en face...lui qui nage dans un monde "bisonours" où les truands peuvent vivre paisiblement  de leur rente et les
ignards pouvoir donner des conférences à 100.000 Dollars....ce qu'il appelle les gens qui réussissent....les autres étant des crétins congénitaux.....sauf que parfois les seconds rappellent assez
durement leur existence aux précedents.....Ainsi va la vie selon St Foujuste qui ne voit pas la misère monter dans le pays et en Europe....et s'instutionnaliser dans les pays dîts émergeants. La
modernité en somme, celle du XIXème siècle.....Ca fait bander les neurones d'un petit soldat de droite....

Trauma 29/12/2012 09:06


Il faut sortir effectivement de cette spirale infernale dont on nous abreuve depuis deux décennies et dont la construction Européenne est le point d'orgue avec la fameuse constitution qui
marquait clairement que les lobbies de la finance l'avaient emporté sur ceux qui croyaient, encore naîvement, à la construction d'une Europe des peuples pour le peuple, seule garante d'une paix
durable sur le continent. Mais il est clair que de toute façon,  que ce soit par  un renoncement volontaire ou la poursuite des politiques désastreuses qui nous mènent à l'impasse
....on en sortira dans la douleur.


Là est la responsabilité des politiques de droite et social démocrate qui se sont succédés sur le continent . J. M Ayrault est un pur produit de cette "real politik" qui nous mène doucement mais
sûrement à l'abîme....


Hors de ces schémas pessimistes, y a -t-il une issue plus optimiste....ayons la volonté de le croire et mettons tout en oeuvre pour éviter le pire.


 

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  • 73 ans. Retraité, écrivain à ses heures, collectionneur de collections, amateur de jazz, de cinéma de BD et de philo
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