Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 13:11

Il fut un temps où le cinéma faisait montre d'un certain engagement. De Chaplin ( "Les Temps Modernes, le Dictateur) à Lubitch (to be or not to be) et à Franck Capra (M. Smith au Sénat. Vous ne l'emporterez pas avec vous) il se permettait même de lier avec bonheur engagement politique ,divertissement et pédagogie. 

Il fut un temps où le cinéma français lui aussi projetait sur les écrans une bonne part des préoccupations politiques et sociales de la société française. Je ne sais pas si cela est dû  à  l'écroulement des grandes idéologies du XXe siècle, mais ce n'est plus semble-t-il le cas aujourd'hui. Bien qu'il y ait des exceptions, le cinéma français a choisi prioritairement une voie pas forcément enthousiasmante, celle d'une œuvre de divertissement au sens philosophique du terme : "Occupation qui détourne l'homme de penser aux problèmes essentiels qui devraient le préoccuper." Faute de perspectives politiques claires et/ ou exaltantes, il s'est lancé à corps perdu dans le genre intimiste, sentimental, faussement social qui met en lumière l'ampleur de son désenchantement. Cinéma choral, comme le nombrilisant "Les Petits Mouchoirs" sauvé par le discours du seul adulte du groupe, mais plombé par la scène ridicule de l'enterrement, resucée ratée de celle de "Quatre Mariages et un Enterrement." Un Cinéma gentil, mignon, bien fait,  souvent agréable, politiquement correct, qui ne mange pas de pain et surtout qui ne fait pas de vagues et qui exprime à son corps défendant un certain désarroi. On s'en souvient 15 jours . Un cinéma centré sur la recherche du bonheur individuel ( potiche, les femmes du 6e étage ) et même sur la réconciliation des classes ( intouchables) mais le film ne dit pas que cela. Un cinéma nostalgique enfin ( skylab de Julie Delpy).

Ce cinéma-là submerge le cinéma de résistance, d'engagement ou d'analyse de la société de ces dernières années ( Welcome de Philippe Lioret,  Vivre au Paradis de  Boulem Guerdjou,Tête de Turc de Pascal Elbé, Capital de Costa Gavras entre autres). On le trouve aussi dans le documentaire comme celui sur les paysans ( Profils Paysans de Raymond Depardon, constat subtil et sensible de la disparition d'un monde. C'est le cas également de "Tous au Larzac", présenté cette semaine sur Canal+, qui relate l'aventure des paysans du Larzac et leur lutte pour la conservation de leur terre face a l'armée qui ambitionnait d'agrandir le camp d'entraînement militaire. Le film est intéressant à divers titres d'abord parce que s'il exprime des émotions il ne sombre pas dans la nostalgie, ensuite parce qu'il préfigure, trente ans plus tôt, le mouvement des "indignés", qu'il expose avec clarté l'importance et la nature des enjeux et  qu'il montre qu'à travers leur lutte personnelle, les 103 familles du Larzac on accédé doucement à une conscience politique globale. Tous au Larzac, film solide et bien construit, qui ne fait pas l'impasse sur les contradictions et les ambiguïtés  d'un mouvement social, laisse percevoir l'espoir d'un possible réveil. Ce ne serait pas de refus. 

PS : c'est François Mitterand qui assura, lors de sa première élection, que le Larzac resterait aux paysans

Partager cet article

Repost 0
Published by GIHER - dans cinéma
commenter cet article

commentaires

claudioo 20/12/2012 15:23


parfaitement d'accord avec mariachris sur le parallèle avec tous au larzac. lorsque je l'ai vu en salle j'ai été très surpris de retrouver dans la salle des paysans de mon coin qui ne sont pas
spécialement connus pour leur "gauche". j'en ai discuté un peu avec eux après le film. ils étaient étonnés du discours tenu par les paysans du larzac. ils pensaient jusque là que c'était une
manipulation "gauchiste". ensuite je leur ai expliqué que j'étais dans le service d'ordre autour de mitterrand lorsqu'il est venu sur le rajal del guorp. depuis j'ai l'impression qu'ils
portent un autre regard sur "le parisien". aujourd'hui, je ne suis pas certain qu'on gagne à notre dame des landes car même si ce projet est d'une malhonnêteté totale, il y a de tels intérêts
économiques derrière que je suis assez pessimiste. au registre  de la malhonnêteté je cites un truc entendu sur france inter il y a à peu près un mois dans un débat:" cela aurait coûté plus
cher d'agrandir l'aérogare que de déplacer l'aéroport en pleine campagne". pour ceux qui ne connaissent pas les lieux, il y a pas trop loin la 4 voies rennes-nantes mais il n'y a rien s'autre
comme transport. il faut tous construire. c'est là que les intérêts économiques entrent en jeu. résister à des groupes comme eiffage où vinci devient compliqué. même si c'est une anerie, ols ont
réussi à imposer les travaux au mont saint michel et aujourd'hui tout le monde râle, à commençer par les voyagistes qui répugnent à venir pour ne pas perdre de temps.

GIHER 20/12/2012 16:25



Il est sûr que l'on ne peut avoir été au Larzac comme toi, et comme moi en 1974 et trouver aujourd'hui que l'aéroport de Nantes est un bon plan parce qu'il est de gauche.


J'ai entendu la sociologue Monique Pinçon Charlot ce matin sur France-Inter qui a dit une phrase qui m'a frappé. Je cite de mémoire : "Avec le pacte budgétaire et le pacte de compétitivité,
 la gauche libérale prend le relai complet de tout ce qui s'est passé sous Nicolas Sarkozy, mais au nom des valeurs de la gauche, ce qui est une manipulation idéologique et une escroquerie
linguistique de plus" À méditer 



mariachris 20/12/2012 14:48


Hello Giher, je prends un moment de détente au bureau pour flâner sur les blogs roôôô c'est pas bien ! et voilà que tu évoques le temps des paysans du Larzac : comme j'habite à côté de Nantes et
de Notre Dame des Landes, tu imagines l'écho ! Cet été qui sait si je ne serai pas dans les champs à camper face aux CRS sauf que ces derniers sont très durs et méchants au jour d'aujourd'hui, on
ne rigole plus dans cet état policier bien rôdé... oui le cinéma... hum, rares sont les films émouvants, questionnants, brillants, inoubliables. Pour ma part, je préfère un livre, ma dernière
liberté de penser sans payer cher (juste l'abonnement pour l'année à la bibliothèque). Bref tous ces amusements pour le gentil peuple ne m'amusent pas mais je me garde d'exprimer ce que je
ressens. bonnes fêtes de Noël et de fin d'année, à toi et ta famille, à plus tard. Amitiés.

GIHER 20/12/2012 16:36



Merci Maria-Chris de ta présence sur ce blog et du parallèle que tu établis entre le Larzac et l'aéroport de Nantes. Joyeux Noël et bonne année en retour.



mocekx 19/12/2012 17:19


un constat triste mais coincidant avec l'évolution d'une société où la satisfaction de ses intêrets propes passe avant le constat de la réalité sociale ou sociétale!

GIHER 20/12/2012 16:37



Mais justement, je crois qu'à travers leur lutte les paysans du Larzac ont pris conscience qu'il y avait autre chose que leurs intérêts propres.



Présentation

  • : pour curieux seulement
  • pour curieux seulement
  • : Ce blog qui se veut un lieu de dialogue et de réflexion, s'adresse aux curieux de tout ce qui fait l'intérêt de la vie. de la philo à la bande dessinée en passant par la musique,la vie quotidienne et la politique
  • Contact

Profil

  • GIHER
  • 73 ans. Retraité, écrivain à ses heures, collectionneur de collections, amateur de jazz, de cinéma de BD et de philo
  • 73 ans. Retraité, écrivain à ses heures, collectionneur de collections, amateur de jazz, de cinéma de BD et de philo

Texte Libre

« Nous sommes nés à quêter la vérité ;
il appartient de la posséder à une plus grande puissance. »

Michel de Montaigne 

Recherche

Archives